AUTEURS DE L’ARTICLE
Docteurs vétérinaires Maxime JACQMIN – Résident ECVS – Unité de chirurgie & Mathieu TARONI – Dip. ECVS – Unité de chirurgie

Vétérinaire chirurgie

Ce cas illustre la possibilité de réaliser avec succès une orbitotomie latérale complète chez le chat, et de retirer des masses rétro-orbitaires ou corps étrangers sans énucléation. 

Introduction : 

L’orbitotomie latérale complète est une procédure qui offre une exposition maximale des structures orbitaires. Cette technique est à ce jour très peu décrite chez le chat. La nécessité d’intervenir chirurgicalement en région rétro-orbitaire est rare chez les carnivores domestiques. Elle peut concerner les abcès rétro-orbitaires, les corps étrangers, les processus néoplasiques ou encore une atteinte de la glande salivaire zygomatique. Les abcès rétro-orbitaires sont relativement fréquents mais sont le plus souvent traités de manière conservative à l’aide d’un traitement antibiotique adapté.

Description du cas :

Un chat européen de 11 ans est présenté pour exophtalmie une masse rétro-orbitaire droite de 18mm x 22mm. Une exophtalmie et une procidence de la troisième paupière sont notées. Une échographie oculaire (Photo 1) et un examen tomodensitométrique de la tête sont réalisés. Ces examens permettent de confirmer la présence de la masse et de mieux la définir et la délimiter (Photos 2a et 2b). Le scanner du thorax et de l’abdomen est également réalisé afin d’établir un bilan d’extension complet, qui se révèle négatif. Un examen cytologique est également réalisé par ponction rétro-orbitaire échoguidée. Les résultats sont malheureusement non concluants. Deux options sont alors envisagées : l’énucléation avec retrait de la masse ou une orbitotomie latérale par ostéotomies de l’arcade zygomatique. L’énucléation permettrait d’accéder facilement à la masse rétro-orbitaire mais ne permettrait pas de préserver l’oeil. L’orbitotomie latérale est une technique décrite chez le chien et présente comme avantage de préserver l’œil et ses structures annexes tout en permettant l’accès à la masse rétro-orbitaire. C’est cette dernière option qui a été retenue, en accord avec les propriétaires.

Chirurgie et résultats : 

Une incision cutanée parallèle au bord dorsal de l’arc zygomatique est réalisée. Les muscles temporal et masseter sont élevés de leur insertion sur l’arcade zygomatique. Des trous de forage sont percés de chaque côté de l’ostéotomie prévue à l’aide d’une broche de Kirschner de 0,8mm (2 trous de part et d’autre du site d’ostéotomie crânial, et un trou de part et d’autre du site d’ostéotomie caudal). Ensuite, une double ostéotomie est réalisée sur l’arcade zygomatique à l’aide d’une scie oscillante (Photo 3) et la portion ainsi libérée de l’arcade zygomatique est réclinée dorsalement (Photo 4). Un accès complet à la masse est ainsi obtenu ; celle-ci peut être individualisée sans adhérence aux structures adjacentes (Photos 4 et 5). Les cultures bactériennes et fongiques se sont révélées négatives et l’analyse histologique a finalement conduit au diagnostic d’une tumeur épithéliale (adénome ou adénocarcinome). La reconstruction de l’arcade zygomatique est effectuée en utilisant les trous de forage avec des prothèses en fil monofilament non résorbable décimale 3 (Photo 6). Les fascias des muscles masseter et temporal sont réapposés à l’aide de fil monofilament résorbable décimale 2. Le chat est placé sous traitement antibiotiques à base d’amoxicilline et d’acide clavulanique (12,5mg/kg per os BID pendant 15 jours) et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (meloxicam, 0,05mg/kg per os SID pendant 5 jours). Une résolution complète des signes cliniques est constatée à 12 mois postopératoires. Seule une discrète procidence de la troisième paupière persiste de manière occasionnelle

Discussion/Conclusions :

Plusieurs abords orbitaux possibles, à adapter selon chaque cas :

L’orbite est à peine plus grande que le globe chez le chat, ce qui limite l’exploration orbitale par rapport au chien. Chez le chien, plusieurs techniques ont été décrites afin de permettre une exploration de la cavité orbitaire, selon la localisation de la lésion et son étendue. Deux approches latérales sont possibles : la première consiste au retrait partiel ou total de l’arcade zygomatique (orbitectomie), laissant la partie latérale de l’orbite sans protection osseuse. La seconde technique d’abord latéral est l’orbitotomie latérale complète avec résection de l’arcade zygomatique (réclinée dorsalement) puis reconstruction, comme réalisée dans ce cas. 

Discussion/Conclusions :

Plusieurs abords orbitaux possibles, à adapter selon chaque cas :

L’orbite est à peine plus grande que le globe chez le chat, ce qui limite l’exploration orbitale par rapport au chien. Chez le chien, plusieurs techniques ont été décrites afin de permettre une exploration de la cavité orbitaire, selon la localisation de la lésion et son étendue. Deux approches latérales sont possibles : la première consiste au retrait partiel ou total de l’arcade zygomatique (orbitectomie), laissant la partie latérale de l’orbite sans protection osseuse. La seconde technique d’abord latéral est l’orbitotomie latérale complète avec résection de l’arcade zygomatique (réclinée dorsalement) puis reconstruction, comme réalisée dans ce cas. 

Photo 1 : Échographie oculaire droite. Noter la présence de la masse rétro-orbitaire.

Photo 2a : Examen tomodensitométrique de la tête. Reconstruction dorsale de la tête après l’injection de produit de contraste révélant une masse rétrobulbaire droite partiellement cavitaire (flèches).

Photo 2b : Examen tomodensitométrique de la tête. Reconstruction transversale de la tête après l’injection de produit de contraste révélant une masse rétrobulbaire droite partiellement cavitaire (flèches).  

Photo 3 : Vue per-opératoire après réalisation des deux ostéotomies crâniale et caudale (flèches) sur l’arcade zygomatique.  

Photo 4 : Vue per-opératoire après réclinaison dorsale de la partie ostéotomisée de l’arcade zygomatique. Visualisation de la masse rétro-orbitaire (flèche). 

Photo 5 : Vue per-opératoire après retrait de la masse et visualisation du nerf optique (flèche).  

Photo 6 : Vue per-opératoire pendant la reconstruction de l’arcade zygomatique à l’aide de fil monofilament non résorbable décimale 3. 

5 octobre 2022

UNITE CHIRURGIE

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