AUTEUR DE L’ARTICLE
Dr Vet. Guillaume CHANOIT, spécialiste (dip. ECVS/ACVS) – unité de chirurgie.

 

 

Prérequis : La cystatine B est une protéine intracellulaire de 11kDa appartenant à la famille des cystatines. Elle est présente dans de nombreuses cellules mais de par sa nature intracellulaire, sa concentration urinaire ou plasmatique est infime chez un sujet sain. Lors de lésions rénales actives, la mort des cellules épithéliales tubulaires entraine une augmentation de sa concentration dans l’urine. La cystatine B urinaire correspond à un biomarqueur de lésion active, plus ou moins aigue1.

Etudes réalisées :

Chez le chien, des études ont montré une augmentation de la cystatine urinaire lors d’envenimation par la vipère européenne2, lors d’anesthésie pour détartrage ou lors de chirurgie avec un bypass cardiaque3. Cette augmentation était présente sans changement significatif de la créatinine et de la SDMA, semblant indiquer qu’elle était un marqueur plus sensible de lésion rénale aigue et active.

Figure 1 : Diagramme à moustaches représentant le dosage médian et les variations interquartiles de Cystatine B urinaire chez les chats atteints de diverses maladies des voies urinaires.

Figure 1 : Diagramme à moustaches représentant le dosage médian et les variations interquartiles de Cystatine B urinaire chez les chats atteints de diverses maladies des voies urinaires.

 

Une étude récente chez des chiens atteints de maladie rénale chronique (MRC) de stade IRIS 1 a montré que la concentration de cystatine B urinaire permettait dans une certaine mesure de différencier les MRC progressives des MRC stables4.

Concernant l’espèce féline, la cystatine B est significativement plus élevée dans les cas de lésion rénale aigue par rapport aux chats atteints de maladie rénale chronique (figure 1). La concentration de Cystatine B urinaire semble également significativement corrélée à la survie dans les atteintes rénales aigues du chat5.  

Interprétation6:

 

Exemple au travers d’un cas clinique :

Un chien Dalmatien mâle castré de 2 ans et demi avec des antécédents d’urolithiases, est présenté en consultation de suivi d’une maladie rénale chronique IRIS I, sans signes cliniques en cours. Les examens complémentaires réalisés montrent des paramètres biochimiques stables (hématocrite, biochimie et bilan ionique) dont une valeur de créatinine à 13,9 mg/L. Une hypertension artérielle à 180 mm Hg est mise en évidence, sans protéinurie associée. L’échographie abdominale de l’appareil urinaire ne révèle pas d’anomalie significative. Un dosage de la cystatine B est réalisée sur urines prélevées par cystocentèse et montre une valeur inférieure < 50 ng/mL : la maladie rénale chronique est alors considérée comme stable et non pas progressive. Ainsi, un contrôle vétérinaire est recommandé seulement dans un an, plutôt que dans 3 à 6 mois dans le cas d’une affection progressive.

Perspectives :

Pour résumer, en l’état actuel de nos connaissances, les cas suivants pourraient bénéficier d’un dosage de la cystatine B :

  • Maladie rénale chronique dont la créatinine semble stable, mais qui pourrait tout de même être progressive, afin de prévoir un suivi plus ou moins intense
  • Atteinte rénale aigue sans changement de la créatinine, afin de déterminer si un suivi est nécessaire, par exemple lors d’intoxications ou d’état de choc
  • Atteinte rénale aigue sévère, en début de prise en charge, en tant que facteur pronostic
  • Azotémie chez un patient dont on ne connait pas le passé, afin de déterminer si elle est due à une atteinte aigue ou une maladie rénale chronique stable
  • Confirmation d’absence de lésion rénale subclinique avant de commencer un traitement potentiellement néphrotoxique (AINS, gentamicine par exemple)

 

Lexique :

AINS : anti-inflammatoire non stéroïdien

IRA : insuffisance rénale aigue

MRC : maladie rénale chronique

SDMA : diméthyl arginine symétrique

 

Bibliographie :

1 Yerramilli M, Farace G, Quinn J, Yerramilli M. Kidney disease and the nexus of chronic kidney disease and acute kidney injury: the role of novel biomarkers as early and accurate diagnostics. Vet Clin: SmallAnim Pract. 2016

2 E. Gordin, D. Gordin, S. Viitanen, D. Szlosek, M. Coyne, G. Farace, R. Murphy, J. Quinn, Ma. Yerramilli, Mu. Yerramilli, T. Spillmann. Urinary clusterin and cystatin B as biomarkers of tubular injury in dogs following envenomation by the European adder. 2021

3 Gordin E, Viitanen S, Gordin D, Szlosek D, Peterson S, Spillmann T, Labato MA. A Clinical Study on Urinary Clusterin and Cystatin B in Dogs with Spontaneous Acute Kidney Injury. Vet Sci. 2024 May 2

4 Segev G, Vaden S, Ross S, Dufayet C, Cohn LA, Farace G, Szlosek D, Ouyang Z, Peterson S, Beall M, Yerramilli M, Polzin D, Cowgill LD. Urinary cystatin B differentiates progressive versus stable IRIS Stage 1 chronic kidney disease in dogs. J Vet Intern Med. 2023 Nov-Dec

5 Hilla Chen, Yochai Avital, Sarah Peterson, Zenhwa Ouyang, Murthy Yerramilli, Itamar Aroch, Gilad Segev, Urinary Cystatin B as a marker of acute kidney injury in cats, The Veterinary Journal, Volume 308, 2024

6 Mise à jour des diagnostics. Test Idexx Cystatin B. Octobre 2023