Vétérinaire chirurgie

AUTEUR DE L’ARTICLE
Dr Vet. Mathieu TARONI, sspécialiste (dip. ECVS)  – unité de chirurgie

Introduction

L’hydrocéphalie est une affection neurologique caractérisée par l’accumulation pathologique de liquide cérébrospinal (LCS) au sein du système ventriculaire cérébral, pouvant conduire à une hypertension intracrânienne et à des signes neurologiques progressifs. Cette affection peut être congénitale ou acquise, et revêt une complexité diagnostique et thérapeutique importante. Le cas présenté ici illustre la prise en charge complète d’un chien atteint d’hydrocéphalie acquise, depuis l’évaluation initiale jusqu’au suivi post-opératoire après mise en place d’un système de dérivation ventriculo-péritonéal.

Anamnèse et présentation clinique

Un chien mâle Boxer, âgé de 2 ans, est présenté en consultation spécialisée pour l’évaluation de troubles neurologiques évoluant depuis plusieurs semaines. Les signes rapportés par les propriétaires incluent une désorientation, des modifications du comportement, des phases d’hyperactivité entrecoupées d’isolement, ainsi que des troubles de la proprioception. Le chien présente également un ralentissement marqué de l’apprentissage, une altération des interactions sociales, et une démarche anormale.

L’examen neurologique révèle une ataxie cérébelleuse, des déficits proprioceptifs des quatre membres, ainsi que des réponses pupillaires anormales. Aucun signe de douleur cervicale ou rachidienne n’est noté. L’ensemble du tableau clinique évoque une atteinte intracrânienne diffuse, possiblement liée à une affection progressive du parenchyme cérébral.

Examens complémentaires et diagnostic

Un examen tomodensitométrique (CT-scan) est réalisé sous anesthésie générale afin de préciser l’atteinte neurologique. Il révèle une dilatation marquée des ventricules latéraux et du troisième ventricule, sans anomalie de densité du parenchyme cérébral ni effet de masse évident. Les sillons corticaux sont difficilement visibles, suggérant une augmentation de la pression intracrânienne et une compression des structures corticales.

L’analyse du liquide cérébrospinal (LCS), obtenue par ponction cisternale, ne révèle pas d’anomalie significative. Le diagnostic différentiel initial inclut une hydrocéphalie acquise secondaire à un processus inflammatoire chronique ou post-infectieux, en l’absence de tumeur ou de lésion identifiable.

Compte tenu de la progression clinique et des anomalies d’imagerie, une hydrocéphalie acquise non communicante est suspectée, possiblement consécutive à une inflammation méningée ancienne. Un traitement médical à base de prednisolone (anti-inflammatoire stéroïdien), d’acétazolamide (inhibiteur de l’anhydrase carbonique) et d’oméprazole est instauré, avec une amélioration partielle des symptômes.

Indication chirurgicale et intervention

Face à la persistance des signes cliniques et à l’inefficacité partielle du traitement médical, une chirurgie de dérivation ventriculo-péritonéale est proposée. L’objectif est de drainer le LCS en excès vers la cavité péritonéale, permettant de réduire la pression intracrânienne et de restaurer une dynamique normale du LCS.

Le jour de l’intervention, une pré-anesthésie et une prémédication sont réalisées selon les protocoles habituels. La chirurgie consiste en la mise en place d’un shunt ventriculo-péritonéal composé d’un cathéter ventriculaire inséré dans ventricule latéral droit, d’une valve unidirectionnelle à basse pression, et d’un cathéter péritonéal tunnelisé en sous-cutané jusqu’à la cavité abdominale.

L’intervention se déroule sans incident majeur. Une surveillance neurologique rapprochée est assurée durant les 48 heures post-opératoires.

 

Suivi et évolution clinique

Un premier contrôle clinique à 15 jours post-opératoires, lors du retrait des fils de suture, montre une disparition des signes neurologiques initiaux. Le chien présente un comportement normal, une démarche coordonnée, et un bon état général. Aucun signe d’infection locale ou systémique n’est observé.

Un deuxième contrôle est effectué 6 semaines après l’intervention. L’examen clinique général et neurologique reste normal. Le chien a repris une activité physique normale, un comportement stable, et un gain pondéral est observé.

Un IRM de contrôle à 6 mois post-opératoires confirme la résolution complète de la dilatation ventriculaire. Les sillons corticaux sont redevenus visibles, signe d’une normalisation de la pression intracrânienne. Le système de dérivation est parfaitement en place.

Discussion

L’hydrocéphalie, définie comme une accumulation excessive de LCS dans les ventricules cérébraux ou entre les méninges et le cortex, peut être congénitale ou acquise. Chez le chien, les formes congénitales sont fréquentes chez les races toy et brachycéphales, mais les formes acquises, bien que moins fréquentes, nécessitent une prise en charge rigoureuse. Elles peuvent résulter d’une obstruction des voies du LCS secondaire à une inflammation, une infection, ou une masse intracrânienne.

Dans ce cas, l’absence de lésion expansive ou infectieuse identifiée et l’historique du chien orientent vers une forme inflammatoire ancienne, ayant conduit à une hydrocéphalie non communicante par sténose de l’aqueduc de Sylvius ou fibrose méningée chronique. La présentation clinique (troubles comportementaux, ataxie, modifications posturales) est typique d’une élévation progressive de la pression intracrânienne.

Le traitement médical instauré initialement (acétazolamide, prednisolone, oméprazole) visait à réduire la production de LCS et l’inflammation. Bien que partiellement efficace, il ne permettait pas une réversion complète des signes. La chirurgie de dérivation ventriculo-péritonéale s’imposait donc comme traitement de choix.

La technique utilisée dans ce cas est standard, reposant sur une valve à basse pression adaptée à la situation. Sa mise en place est technique mais les résultats sont très bons lorsque l’indication opératoire est adaptée.

L’évolution post-opératoire est globalement très favorable dans ce cas. Le pronostic dépend étroitement de l’étiologie de l’hydrocéphalie. Les formes inflammatoires d’origine immuno-médiée, comme les méningoencéphalites d’origine inconnue (MUO), présentent une survie médiane de 1 à 2 ans. Les formes tumorales ont un pronostic plus sombre, bien que certaines tumeurs comme les méningiomes puissent être stabilisées à long terme.

 

Conclusion

Ce cas illustre la gestion réussie d’une hydrocéphalie acquise chez un chien de race Boxer, avec une prise en charge multimodale intégrant imagerie, traitement médical, chirurgie et suivi à long terme. La dérivation ventriculo-péritonéale constitue un traitement efficace permettant une réversion des signes cliniques et une amélioration significative de la qualité de vie, même en cas de complications initiales.

Ce suivi clinique rigoureux, appuyé par des examens d’imagerie répétés, souligne l’importance d’une surveillance prolongée après chirurgie pour anticiper et gérer les complications, tout en permettant une évaluation objective de l’efficacité thérapeutique.